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The Fall est sans conteste mon film favori parmi, pourtant, une vaste sélection. Réalisé en 2006 par le grand Tarsem Singh, ce film a été tourné dans à peu près vingt pays à travers le monde. Mais malgré la beauté du graphisme, malgré l’émotion que l’on ressent par les deux personnages principaux et leur histoire, malgré la poésie et les symboles, ce film est passé quasiment inaperçu auprès du public français (et peut-être même aussi auprès du public en général).

Pour ma part, j’ai failli manquer de le voir. Je revenais d’un rendez-vous entre amis et mon père était en train de le regarder, sans moi. J’ai tout de suite été accrochée par les images, avant même de savoir que Lee Pace, qui joue l’un des personnages principaux, était dedans. C’est quand même fou de tomber sur un film qui plaît à la fois par son histoire, et à la fois par un acteur qui est également numéro un dans mon cœur. Mais attention, ce n’est pas parce qu’il y a Lee Pace que je l’adore. C’est avant tout pour tout ce qui s’y trouve et s’y dit.

Voilà pourquoi j’aimerais partager ça avec vous. Un tel chef-d’œuvre ne peut pas rester caché indéfiniment.

Cela se passe dans les années 1920, à Los Angeles. On suit la convalescence d’une petite fille de cinq ans, Alexandra (ou Alexandria selon les gens), interprétée par Catinca Untaru, qui est hospitalisée à la suite d’une chute (le thème de la chute étant récurrent dans ce film, il faut y faire attention). Elle y rencontre Roy Walker (Lee Pace), un cascadeur qui a également fait une chute, mais dont les conséquences sont plus dramatiques puisqu’il ne ressent plus rien en dessous de la ceinture. Cette inertie ne fera qu’accentuer sa dépression déjà bien présente à cause d’une rupture amoureuse. En bref, Alexandra et Roy sont deux âmes blessées qui vont devoir se soutenir mutuellement afin de se relever (Alexandra ayant, elle aussi, un passé douloureux).

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Voulant amadouer la petite fille, Roy se lance dans le récit d’une histoire épique avec l’infâme Gouverneur Odieux que cinq héros veulent affronter par pur esprit de vengeance. Au fur et à mesure, Alexandra se laisse immerger complètement dans le récit, jusqu’à ce que réalité et imagination se mêlent, nous emportant avec elle. Cependant, cette histoire cache des vérités bien plus dures, surtout pour une petite fille qui ne connaît pas encore toutes les peines du monde.

fall01Ce qu’il y a de plus touchant dans ce film, c’est l’amitié improbable et si particulière qui se crée entre Roy et Alexandra. Je ne peux pas trop vous en parler parce que sinon ça gâcherait toutes les subtilités que l’on peut y déceler, mais je tiens à préciser que Roy cherche d’abord à atteindre un objectif bien précis en se mettant à raconter cette histoire. Et cet objectif n’a rien à voir avec le bon plaisir de la petite fille.

Mais place maintenant à l’émerveillement suscité par cette épopée haute en couleurs et riche de décors orientaux.

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Nous découvrons un monde fabriqué à partir du nôtre, chamboulé quand l’imagination ajoute ou retire des éléments. Car le pouvoir de l’imagination est sans limites, mais il peut vaciller sous le poids de nos émotions, tels que le montrent Roy et Alexandra vers la fin du film. On est également abasourdi par la magnificence des costumes : chaque personnage en a un bien à lui (Luigi, Otta Benga, Charles Darwin, l’Indien, le Mystique, la Princesse Evelyn, et le Bandit Masqué, incarné par le père d’Alexandra au début, puis finalement par Roy lui-même puisque la petite fille l’assimile à son père du fait qu’elle éprouve de forts sentiments pour lui…). À noter aussi une pointe d’humour malgré la noirceur de certains thèmes abordés, et la violence de la bataille finale. Chaque personnage est attachant, prélevé de la réalité par nos deux amis d’infortune. C’est à travers cette épopée qu’on découvre leur véritable histoire personnelle.

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Des petites anecdotes sur le tournage : la formule magique pour se donner du courage « googly, googly… » est une référence à la société de production nommée Googly Films qui produit le film. Et Tarsem aurait demandé à Lee Pace de faire croire à toute l’équipe et notamment à la jeune Catinca qu’il était vraiment paraplégique dans un souci de réalisme et d’authenticité. Mais finalement il a avoué au bout de quelques mois que le fait de mentir et de rester en chaise roulante l’avait pas mal déprimé, ce qui peut se comprendre.

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Le film débute par une scène en noir et blanc (en contraste total avec la puissance des couleurs des scènes suivantes) et finit également de cette manière : la boucle est bouclée (peut-on parler d’un effet d’antépiphore ? Je pense que oui). De la même manière qu’il commence avec la sublime symphonie n°7 de Beethoven et se termine avec aussi. Ainsi, on peut dire que le film est bien plus que ça : c’est un roman que l’on peut dévorer encore et encore tant il y a de subtilités et de symboles à discerner. Il y a quelque temps, je l’ai regardé une troisième fois et j’y ai perçu encore de nouvelles choses que je n’avais pas comprises durant les premiers visionnages. C’est ça qui est merveilleux dans un film à tiroirs : plus on le regarde, plus on en sait.

Pour conclure, j’aurais voulu vous faire part juste d’une unique insatisfaction relevée à la fin du film, mais ce serait trop en dire à ceux qui ne l’ont pas encore vu. Donc j’insiste sur le fait que vous devriez le voir !